Nous courons, nous volons ; mais, hélas ! quand nous y sommes, quand le lointain est devenu proche, rien n’est changé, et nous nous retrouvons avec notre misère, avec nos étroites limites ; et de nouveau notre âme soupire après le bonheur qui vient de lui échapper.
est-ce une illusion que d’être heureux?
Je sais bien que nous ne sommes pas tous égaux, que
nous ne pouvons l’être ; mais je soutiens que celui qui se
croit obligé de se tenir éloigné de ce qu’on nomme le
peuple, pour s’en faire respecter, ne vaut pas mieux que le
poltron qui, de peur de succomber, se cache devant son
ennemi.
« Ah ! si tu pouvais
exprimer ce que tu éprouves ! si tu pouvais exhaler et fixer
sur le papier cette vie qui coule en toi avec tant
d’abondance et de chaleur, en sorte que le papier devienne
le miroir de ton âme, comme ton âme est le miroir d’un
Dieu infini !… »
Oui sans doute, mon ami, tu as raison ;
les hommes auraient des peines bien moins vives si…
(Dieu sait pourquoi ils sont ainsi faits…), s’ils
n’appliquaient pas toutes les forces de leur imagination à renouveler sans cesse le souvenir de leurs maux, au lieu de
se rendre le présent supportable.